Ce qui est obligatoire, ce qui est recommandé, ce qui est libre
Le marquage au sol industriel est souvent présenté comme une norme unique avec un code couleur officiel. Ce n’est pas le cas. Il faut distinguer trois niveaux :
| Niveau | Source | Exemples |
|---|---|---|
| Obligatoire | Code du travail, arrêté du 4 novembre 1993 | marquage des voies de circulation quand la circulation le justifie, bandes blanches ou jaunes, bandes alternées pour les obstacles |
| Recommandé | INRS (brochures ED 950 et ED 6002) | largeurs d’allées, séparation des flux, signalisation des portes |
| Libre | choix du site | couleurs des zones de stockage, de préparation, de contrôle qualité |
Les textes applicables
Code du travail : conception et utilisation des lieux de travail
Les règles de conception, qui s’imposent au maître d’ouvrage lors de la construction ou d’un réaménagement d’envergure :
- R4214-9 : les voies de circulation sont conçues pour que piétons et véhicules les utilisent facilement, en toute sécurité ;
- R4214-10 : les portes et dégagements destinés aux piétons sont situés à une distance des voies de véhicules qui permet une circulation sans danger ;
- R4214-11 : dès que l’importance de la circulation des véhicules ou le danger lié à l’utilisation et à l’équipement des locaux le justifie, le marquage au sol des voies de circulation est mis en évidence ;
- R4214-12 : à proximité des portails destinés aux véhicules, des portes pour piétons sont aménagées, signalées et dégagées en permanence ;
- R4214-13 : ces dispositions s’appliquent aussi aux voies principales de circulation sur le terrain de l’entreprise et aux voies utilisées pour la surveillance et l’entretien des installations.
La règle d’utilisation, qui s’impose à l’employeur au quotidien :
- R4224-3 : les lieux de travail intérieurs et extérieurs sont aménagés de telle façon que la circulation des piétons et des véhicules puisse se faire de manière sûre.
Arrêté du 4 novembre 1993 relatif à la signalisation de sécurité et de santé au travail
C’est lui qui donne la forme du marquage :
- Voies de circulation (article 13) : lorsqu’elles doivent être identifiées, elles sont bordées de bandes continues d’une couleur bien visible, de préférence blanche ou jaune, compte tenu de la couleur du sol. Leur tracé tient compte des distances de sécurité nécessaires entre les véhicules et tout objet, ainsi qu’entre les piétons et les véhicules.
- Obstacles et endroits dangereux (article 12) : à l’intérieur des zones bâties, ils sont signalés par des bandes jaune et noir ou rouge et blanc, de dimensions en rapport avec l’obstacle.
- Forme des bandes (annexe II, point 3 b) : bandes inclinées d’environ 45°, de dimensions à peu près égales entre elles.
Couleurs de sécurité
L’arrêté (annexe I) associe une signification à chaque couleur de sécurité :
| Couleur | Signification |
|---|---|
| Rouge | interdiction, danger-alarme, arrêt, matériel de lutte contre l’incendie |
| Jaune ou jaune orangé | avertissement, attention |
| Bleu | obligation, équipement de protection à porter |
| Vert | sauvetage, issues de secours, situation de sécurité |
La norme NF ISO 3864-1, qui a remplacé l’ancienne NF X08-003, fixe les couleurs de sécurité et les principes de conception des signaux, et la norme ISO 7010 définit les pictogrammes des panneaux. Pour éviter les contresens, ne réutilisez pas ces couleurs pour d’autres usages : un marquage rouge doit évoquer l’incendie ou l’interdiction, pas une zone de stockage ordinaire.
Dimensionner les allées : les recommandations de l’INRS
Aucun texte ne fixe de largeur chiffrée pour une allée de chariots. L’INRS donne des valeurs de référence dans sa brochure ED 950, Conception des lieux et des situations de travail (5e édition, juin 2025, tableau 4.1) :
| Flux | Sens unique | Double sens | Hauteur libre recommandée |
|---|---|---|---|
| Piéton seul | 0,90 m | 1,50 m | 2,20 m |
| Personne à mobilité réduite | 1,40 m | 1,60 m (1,80 m recommandé) | – |
| Engin de manutention | engin ou charge la plus large + 1 m | deux engins ou deux charges + 1,40 m | 2,20 m minimum, ou hauteur de l’engin ou de la charge + 0,30 m |
| Véhicule léger, utilitaire de moins de 3,5 t | 3 m | 5 m | 2 m minimum, ou hauteur du véhicule + 0,30 m |
| Poids lourd | 4 m | 6,5 m (7 m en virage) | 4,30 m |
La valeur de 0,90 m pour un piéton seul est le minimum réglementaire en conception ; elle peut être réduite à 0,80 m en réhabilitation, en cas d’impossibilité technique, quand le passage est un dégagement en cas d’incendie.
Points particuliers à marquer
- Portes automatiques : l’aire de débattement est signalée par un marquage au sol zébré noir et jaune (INRS, ED 950).
- Débouchés de portes piétonnes : des bornes ou une chicane empêchent la circulation des véhicules à moins de 1,20 m du débouché.
- Obstacles : poteaux, pieds de racks, angles, bords de quais en bandes alternées à 45°.
- Issues de secours, extincteurs, armoires électriques : zones hachurées à maintenir libres.
- Croisements : passages piétons et lignes d’arrêt identiques à ceux du Code de la route, pour qu’ils aient la même signification dans et hors de l’entreprise, comme le recommande l’INRS.
Les voies extérieures du site
Les règles s’appliquent aussi aux voies principales de circulation sur le terrain de l’entreprise (article R4214-13). Dans les cours et sur les voies internes, l’INRS recommande d’employer la signalisation du Code de la route : mêmes panneaux, mêmes lignes, mêmes couleurs, pour qu’un chauffeur extérieur les comprenne sans formation. Les ralentisseurs éventuels doivent respecter la réglementation générale applicable à ce type de dispositif, pour ne pas créer à l’intérieur du site des situations différentes de celles de la voie publique. Les passages piétons, les zones de manœuvre des poids lourds et les cheminements vers l’accueil sont marqués comme sur la voirie.
Construire un code couleur de site
Pour tout ce que la réglementation laisse libre, un code couleur de site évite les malentendus. Quelques principes :
- Peu de couleurs : quatre ou cinq suffisent ; au-delà, personne ne les retient.
- Pas de conflit avec les couleurs de sécurité : le rouge, le jaune et noir, le vert gardent leur sens réglementaire.
- Un plan affiché à l’entrée de chaque bâtiment et intégré à l’accueil sécurité.
- La même convention partout, y compris dans les extensions et les bâtiments rachetés.
- Des formes en plus des couleurs : angles, pointillés, pictogrammes et inscriptions aident les personnes qui distinguent mal certaines couleurs.
Exemple de convention que l’on rencontre, à adapter à votre site et non imposée par un texte : blanc ou jaune pour les allées, vert pour les produits conformes ou les zones de sécurité, rouge pour les zones de rebut ou de matériel incendie, bleu pour les zones de matières premières.
Choisir les produits
Le marquage industriel se fait sur béton, souvent sur une résine existante. Le produit dépend du trafic : peinture de sol bi-composant époxy ou polyuréthane pour les allées de chariots, peinture mono-composant pour les zones piétonnes, bandes adhésives industrielles pour les emplacements amenés à changer. La préparation (dégraissage, ponçage, reprise des joints) conditionne la tenue. Voir notre comparatif époxy ou polyuréthane et notre méthode pour concevoir le plan de marquage d’un entrepôt.
Préparer le chantier de marquage
Avant de tracer, quelques décisions évitent de devoir tout reprendre :
- figer l’implantation des racks, des machines et des postes ;
- valider le plan de circulation avec le responsable sécurité et les représentants du personnel ;
- repérer les joints dégradés et les zones de sol à reprendre ;
- définir les créneaux de neutralisation de chaque zone ;
- choisir un produit dont le temps de remise en circulation correspond à ces créneaux.
Entretenir le marquage
Un marquage effacé ne remplit plus son rôle. L’employeur doit maintenir les lieux de travail dans l’état prévu à la conception : prévoyez une inspection régulière, en particulier aux croisements et dans les virages où les roues usent le plus, et retracez avant que les lignes ne deviennent illisibles.