Un patrimoine qui s’use tous les jours
Pour une commune ou une intercommunalité, le marquage routier est un patrimoine à part entière : des kilomètres de lignes, des centaines de passages piétons, de lignes d’arrêt, de flèches et de places. Il s’use sous le trafic, le passage des lames de déneigement et les travaux de réseaux, et sa perte de visibilité est progressive : personne ne la signale, jusqu’à l’accident ou à la réclamation.
Un programme annuel évite de courir après l’urgence. Il repose sur quatre briques : un diagnostic, une règle de priorité, un cahier des charges et une organisation des campagnes. Les règles de forme du marquage (couleurs, largeurs, types de lignes) sont rappelées sur notre page signalisation horizontale et dans l’article Signalisation horizontale : les règles de conformité. Ce guide traite de la méthode.
Étape 1 : inventorier et diagnostiquer
Constituer l’inventaire
L’inventaire décrit ce qui existe, voie par voie :
- lignes axiales et de rive, en distinguant continues et discontinues ;
- passages piétons, traversées cyclables et aménagements près des écoles ;
- lignes d’arrêt STOP et cédez-le-passage ;
- flèches, zébras, îlots peints ;
- places de stationnement, places réservées (personnes handicapées, livraisons, recharge), arrêts de bus ;
- bandes et pistes cyclables marquées.
Beaucoup de services partent d’un système d’information géographique ou d’un simple tableur par rue. L’essentiel est de pouvoir chiffrer les quantités : mètres linéaires par type de ligne, mètres carrés de surfaces pleines (passages piétons, zébras), nombre de symboles.
Noter l’état
On attribue à chaque élément une note simple, relevée de jour et, pour les axes principaux, de nuit :
| Note | État constaté | Conséquence |
|---|---|---|
| 1 | Marquage net, visible de nuit | Rien à prévoir |
| 2 | Usure visible, lisibilité correcte | À surveiller l’année suivante |
| 3 | Usure marquée, visibilité de nuit faible | À inscrire au programme |
| 4 | Marquage illisible ou absent | À traiter en priorité |
Sur les axes structurants, la mesure de la rétroréflexion avec un appareil adapté objective la visibilité de nuit. La norme NF EN 1436 définit les performances d’un marquage en service : visibilité de nuit (coefficient de luminance rétroréfléchie), visibilité de jour et adhérence. C’est aussi le vocabulaire à reprendre dans le cahier des charges.
Repérer les non-conformités
Le diagnostic est le moment de relever ce qui n’est plus conforme, pas seulement ce qui est usé :
- lignes STOP ou cédez-le-passage sans le panneau correspondant, ou l’inverse ;
- anciens tracés visibles qui contredisent le marquage actuel ;
- places de stationnement dans les 5 mètres en amont d’un passage piéton : l’article L118-5-1 du Code de la voirie routière interdit de les aménager (hors cycles et engins de déplacement personnel) et fixe au 31 décembre 2026 l’échéance de mise en conformité ;
- places réservées aux personnes handicapées de largeur insuffisante au regard de l’arrêté du 15 janvier 2007 modifié.
Étape 2 : fixer les priorités
Le budget ne couvrira pas tout. Une règle écrite, validée par les élus, rend les arbitrages lisibles et défendables :
- Sécurité des usagers vulnérables : passages piétons aux abords des écoles, des arrêts de bus, des équipements sportifs et des établissements de santé.
- Points de conflit : lignes d’arrêt, carrefours, giratoires, traversées cyclables.
- Visibilité de nuit : lignes axiales et de rive sur les voies sans éclairage ou à vitesse élevée.
- Mises en conformité réglementaires : stationnement en amont des passages piétons, places réservées.
- Confort et lisibilité : stationnement ordinaire, flèches, marquages de zones peu fréquentées.
Coordonnez le programme avec celui de la voirie : il est inutile de repeindre une rue dont l’enrobé sera refait l’an prochain. À l’inverse, chaque réfection de chaussée doit prévoir le marquage définitif dans son propre marché, ou dans l’accord-cadre de marquage avec une commande calée sur le planning.
Étape 3 : rédiger le cahier des charges
Le montage contractuel
Pour l’entretien courant, l’accord-cadre à bons de commande est le montage le plus répandu. Il fixe des prix unitaires et laisse la collectivité commander au fil de l’année. Sa durée maximale est de quatre ans pour un pouvoir adjudicateur (article L2125-1 du Code de la commande publique). Les articles R2162-13 et R2162-14 encadrent l’émission des bons de commande.
Les pièces habituelles :
- CCAP : durée, montants, délais d’intervention après commande, pénalités, conditions de travail de nuit ;
- CCTP : produits, performances, préparation, implantation, contrôles, signalisation temporaire ;
- Bordereau des prix unitaires et détail quantitatif estimatif, construit à partir de l’inventaire.
Les exigences techniques à écrire
| Sujet | Ce que le CCTP doit préciser |
|---|---|
| Produits | Nature par usage (peinture, enduit à froid, thermoplastique, préformé), certification NF ou équivalente |
| Performances | Classes de visibilité de nuit, de jour et d’adhérence selon NF EN 1436, et durée de maintien exigée |
| Géométrie | Référence à la 7e partie de l’IISR : largeurs, modulations, dimensions des symboles |
| Préparation | Nettoyage, séchage du support, effacement des anciens tracés (grenaillage, rabotage léger) |
| Implantation | Pré-marquage, respect des plans fournis, tolérances |
| Conditions d’application | Températures et hygrométrie admises, délais avant remise en circulation |
| Signalisation temporaire | Conformité à la 8e partie de l’IISR, personnel et matériel à la charge du titulaire |
| Contrôles | Contrôles d’épaisseur ou de dosage, mesures de rétroréflexion à la réception |
Un bordereau bien construit distingue les prix selon le produit, la largeur de ligne, le travail de jour ou de nuit et les petites quantités. Sans cette distinction, les commandes de petits volumes deviennent un point de friction avec le titulaire.
Les critères de choix
Au-delà du prix, un mémoire technique permet de juger ce qui fera la qualité du résultat : produits proposés et fiches techniques, méthode de préparation, moyens d’effacement, organisation de la signalisation temporaire, capacité à intervenir de nuit, modalités de contrôle.
Étape 4 : organiser les campagnes
Le calendrier
Le marquage demande un support sec et des températures compatibles avec le produit. En région lyonnaise, la saison favorable s’étend en pratique du printemps à l’automne. Beaucoup de collectivités concentrent une grande campagne au printemps, pour effacer les dégâts de l’hiver, et une campagne plus légère à l’automne, avant les nuits longues.
Planifiez les abords des écoles pendant les vacances scolaires, et les axes commerçants de nuit ou tôt le matin.
Les autorisations
Chaque intervention sur voie ouverte à la circulation suppose une signalisation temporaire et, selon les cas, un arrêté de circulation. Préparez les arrêtés par secteur, en même temps que les bons de commande, pour éviter les chantiers reportés faute d’autorisation.
La réception
La réception contradictoire vérifie les quantités, la géométrie et l’aspect. Sur les lots importants, prévoyez des mesures de rétroréflexion à la réception, puis avant la fin de la période de maintien des performances fixée au CCTP.
Tenir le programme à jour d’une année sur l’autre
Un programme annuel n’a de valeur que s’il s’appuie sur un inventaire vivant. Quelques habitudes simples le maintiennent à jour :
- Enregistrer chaque intervention : date, produit, quantités, rue. Au bout de deux ou trois campagnes, vous connaissez la tenue réelle de chaque produit sur votre réseau, ce qui vaut mieux que n’importe quelle promesse de catalogue.
- Reporter les modifications de voirie : chaque aménagement (plateau, écluse, piste cyclable, zone de rencontre) modifie l’inventaire et doit y entrer dès la réception des travaux.
- Suivre les réclamations : les signalements d’habitants sur un passage piéton effacé ou une place mal tracée sont des indicateurs utiles ; reliez-les à l’inventaire pour vérifier qu’ils ont été traités.
- Refaire le diagnostic chaque hiver : c’est après la saison froide, le salage et les passages d’engins que l’usure se voit le mieux, juste avant la préparation des commandes de printemps.
- Présenter un bilan aux élus : quantités réalisées, secteurs traités, priorités de l’année suivante. Un bilan clair facilite le vote du budget.
Ce qui fait varier le coût d’un programme
Sans avancer de montant, les facteurs sont connus et chacun peut être maîtrisé :
- La proportion de surfaces pleines (passages piétons, zébras) par rapport aux lignes ;
- Le produit : une peinture pour les voies peu circulées, un enduit à froid ou un thermoplastique là où le trafic use vite ;
- L’effacement des anciens tracés lors d’une modification du plan ;
- Le fractionnement : de nombreuses petites commandes coûtent plus cher qu’une campagne groupée par secteur ;
- Le travail de nuit et les contraintes de circulation ;
- La signalisation temporaire exigée selon le type de voie.
Comparer deux offres consiste donc à vérifier que le produit, la préparation et les performances exigées sont les mêmes, avant de comparer les prix.
Se faire accompagner pour le diagnostic
Pour une commune sans cellule voirie étoffée, le diagnostic est souvent le point bloquant. Demandez une visite technique gratuite : nous parcourons avec vos services les secteurs prioritaires, relevons les quantités et vous aidons à hiérarchiser les interventions. Pour une consultation publique, nous répondons aux procédures dans les conditions fixées par votre règlement de consultation.
SMPL intervient pour les collectivités de la Métropole de Lyon, du Rhône, de la Loire, de l’Isère et de l’Ain. Voir par exemple notre page signalisation horizontale à Saint-Étienne ou l’ensemble de nos zones d’intervention.